Réflexion

S’aimer

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Tu dois avoir une grande valeur à tes propres yeux, car un jour, ta valeur aux yeux des autres baisse et tu te retrouves seul face à toi-même.

Le monde a besoin d’amour

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Oui, le monde, le monde dans lequel nous vivons, il n’en peut plus, il a besoin de craquer, de casser, de s’effondrer, de se laisser aller à fondre en larmes, à pleurer, pleurer jusqu’à épuisement, pour ensuite se faire consoler tout à fait, en voyant que ce qui se fait de mieux ailleurs dans le monde en culture, en santé, en éducation, existe pour vrai, oui, se faire consoler jusqu’à avoir la force, tout doucement, de se reconstruire.

Théâtre

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La première du « prince des jouisseurs », en tournée, aura lieu demain. Je suis ému. Très ému. Demain sera la dernière première que je vivrai comme acteur de théâtre. Telle est ma décision. Oui, je suis serein et rempli d’un amour sincère et gigantesque pour tous les gens avec qui j’ai travaillé depuis 35 ans. Je suis heureux de terminer avec cette magnifique pièce écrite par mon ami Gabriel Sabourin, lui aussi un enfant de la balle, dans laquelle je joue le rôle de celui, avec Molière, qui m’a transmis le désir de monter sur scène: Georges Feydeau. Merci Gabriel, merci la vie, merci mes amis. Aussi, merci papa, de m’avoir fait découvrir le métier d’acteur à travers ces auteurs merveilleux. Je te sais présent et en accord avec ma décision. X

Culcul

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Soyons culcul. La vengeance ne devrait pas exister. Car c’est grâce à elle que des peuples se battent pendant des centaines d’années sans même se souvenir de la cause de leurs conflits. C’est nourri par elle que le cercle de la violence tourne, tourne et tourne sans pouvoir s’arrêter. C’est pour elle qu’on devient aveugle mais surtout qu’on ne veut pas voir la vérité. Alors si on essayait d’être culcul? Ça ferait mal? Si on remplaçait la vengeance par l’amour? Par la compassion et la générosité? Ouille oui, je sais, je sonne culcul; c’est triste que ça t’irrite que je sois culcul, parce que ça t’empêche d’essayer de l’être, toi. C’est dommage parce que ça marche, et je suis certain que ça ferait de notre monde un endroit extraordinaire où les êtres humains voudraient sincèrement vivre ensemble au lieu d’être motivés par la peur de l’autre et donc de fuir ou d’attaquer. Oui oui, je sais je suis culcul. J’ai essayé et je suis resté accroché à cause du résultat. X

Cher Alan

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Tu n’as pas voulu, petit, je sais. Tu n’as pas voulu partir en mer pour fuir l’horreur de ton pays, on t’y a emmené de force, mais surtout pour ton bien. Tu n’as pas voulu, petit, perdre l’étreinte de ton père qui essayait de te tenir au dessus de l’eau, et ce, à la vue de ta mère et de ton frère, dans cette mer, pour être aspiré dans ses profondeurs, emporté par la force du courant, créé par le bateau qui s’enfonçait irrémédiablement, lui aussi. Tu n’as pas voulu, petit, être ramené sur la grève, face contre terre, tes petits bras le long de ton corps, le visage dans le sable mouillé; tu n’as pas voulu, petit, devenir le symbole de la lutte contre la soi-disant logique politique implacable. Tu n’as pas voulu, petit, nous réveiller et nous amener, nous tous, sans exception, à réfléchir sur nos décisions, nos valeurs, nos actions, en oubliant jamais que nous avons tous été comme toi, petit, petit, si petit, au bord de la mer, avec un sceau, une pelle et des étoiles dans les yeux, construisant le plus beau des châteaux de sable. Tout ce que nous voudrions te donner mon chéri, c’est l’amour, l’Amour immense dont nous avons tous ressenti la force et surtout… le besoin gigantesque ce matin.

Respect

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Sous prétexte d’être « vrai », de dire ce qu’il « faut » dire, on a éliminé le respect. Oui, être respectueux de nos jours, ça fait faux, c’est mentir, c’est faire semblant, c’est du « fake ». À l’antenne des radios-poubelles et tous les jours sur les réseaux sociaux, même jusqu’à l’assemblée nationale, on est « vrai » maintenant, « on dit les vraies affaires ». Ça a d’ailleurs été un slogan politique il y a quelque temps. On s’insulte, on se crie après, on dénigre, on diminue, on détruit, on tue des réputations, on atteint au plus profond de l’âme humaine, on recule au lieu d’avancer, mais, on est « vrais ».

Cette façon de faire, malheureusement à la mode dans plusieurs domaines depuis quelques années est, je crois, nuisible au plus haut point. Cette nourriture intellectuelle est un poison pour l’esprit et un très mauvais exemple pour nos enfants. C’est une arme de destruction massive. Cette attitude, qui existe aussi en humour de nos jours, empêche toute analyse intelligente, toute élaboration saine de projets intéressants et le plus important, tue tout échange qui ferait avancer les choses de manière constructive et productive, et ce, dans quelque domaine que ce soit.

Est-ce un manque de culture? Posons nous la question.

En étant respectueux, on utiliserait une façon de dire les choses et d’échanger avec l’autre, qui ferait avancer le débat de manière civilisée. Et les arguments n’en seraient pas moins « vrai », il me semble.

Mais pour ça, il faut avoir appris. Enfin, ça aurait dû s’apprendre chez certaines personnes à un certain moment de leur vie.

« Mieux vaut tard que jamais ». C’est dur, ça demande un peu d’effort, du travail, de l’abnégation et de la compassion. Oui, mais ça s’apprend. Ça vaut le coup pour grandir ensemble. Non?

On ne veut plus apprendre.

On ne veut plus grandir ensemble: c’est quétaine,

On veut être « vrais »

AZ

Besoin d’amour?

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Il y a des journées ou tu te sens terriblement seul et abandonné. Je comprends. Il y a des moments qui durent une éternité ou tu te demandes ce que tu as fait ou même ce que tu n’as pas fait, pour que les gens te donnent cette douloureuse impression qu’ils ne t’aiment plus, du moins, qu’ils ne te l’expriment plus autant qu’avant. Je suis conscient que ce que je vais te dire est probablement un cliché. Tu as sûrement déjà lu ou entendu cette phrase, mais je la répète: « Prends du temps pour toi et regarde ce que tu projettes »; oui, essaie, tu vas voir: examine attentivement les images, les sentiments, l’énergie que tu sèmes autour de toi lors d’une de ces journées; par exemple, as-tu peur de ne pas réussir ce que tu as à faire, es-tu craintif à l’idée de ne pas pouvoir accomplir ta performance ou ton travail? Ta confiance s’est-elle envolée sans avertissement? Oui? Alors, sois vigilant, car cette peur, cette crainte que tu ressens, ces sentiments que tu projettes donc, sont envoyés dans l’univers, ou même tout près, en direction de tes connaissances, tes camarades de travail, tes amis et aussi vers la personne avec qui tu partages ta vie. Comment réagissent-ils ces gens en recevant cette énergie? Ils fuient. Souvent inconsciemment, par protection certainement, ils fuient. Ils fuient en te donnant ce sentiment de solitude, de manque d’amour, pour pouvoir eux, rester dans la joie, le plaisir et le bonheur.

Et si en plus, tu te dis: « Quelle mauvaise journée! Les gens ne m’aiment pas. Ça va mal. Pourquoi ça m’arrive à moi tout le temps? « , tu entretiens cette énergie et tu la décuples, c’est exponentiel. Je le sais, je l’ai fait souvent.

Concentre-toi sur ce qu’il y a de beau et de bon autour de toi. Il y en a! Oui, je sais, tu ne les vois plus ces belles choses, tu ne les vis plus ces beaux moments, car tu es aveuglé par tes peurs et ton angoisse, mais toutes ces beautés, ces merveilles, sont toujours là; change ton point de vue, regarde-les, ressens-les, ce qui te fera alors projeter une tout autre énergie dans l’univers. Une énergie de beauté, de bonheur, et d’amour. Tu n’y arrives pas, tu es trop distrait par tes peurs? Alors, fais semblant. Au moins au début. Tu verras, tu ne te croiras pas, mais après un certain temps je te jure, ça marche.

À bientôt.

Artiste

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Non, quand on joue un homosexuel au théâtre ou à la télé, on est pas nécessairement obligé d’être homosexuel. C’est la même chose pour les hétérosexuels, les tueurs en séries, les philosophes, les vétérinaires ou même les vendeurs d’assurances. Non, ce n’est pas uniquement «apprendre tout ce texte-là» qui est le plus difficile dans la préparation d’un acteur; il faut aussi trouver et assimiler les nuances d’interprétation, prendre le temps d’intérioriser son personnage pour le rendre avec vérité, intégrer ses déplacements sur scène ou pour les caméras, utiliser sa respiration et sa technique vocale sans y penser, car on y laisserait sa concentration. C’est aussi tout faire pour être entendu jusqu’à la dernière rangée du théâtre, sans micro, et aussi sans que l’effort se voie. C’est faire preuve d’une grande patience, car on peut souvent prendre 4 heures pour tourner une seule scène, souvent d’apparence anodine, parfois de nuit, quelquefois à -30 degrés celsius, dans une télésérie. Oui, mes amis, c’est un métier difficile et exigeant que celui d’acteur. Bien sûr, jouer, c’est aussi une passion et un grand plaisir, mais ce n’est pas uniquement, comme beaucoup le pensent, se faire reconnaître dans la rue, faire la une des journaux, être aimé et adulé; être artiste est aussi un travail, un métier. Un métier duquel je vis. Et ce n’est pas parce que je suis un artiste payé pour faire mon métier que je suis moins un artiste.
Je suis un artiste et j’en suis fier.

Seulement si tu veux maman.

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Famille booth 1962

Chambre d’hôpital, autour de 23:00 le 7 novembre 2008

Ma maman Amulette, mon parrain, ma femme, mon fils et sa conjointe, ma cousine, sont présents.

La respiration d’Amulette est longue et profonde; elle est apparemment inconsciente.

Je lui parle:

« Tu sais maman, tu peux arrêter de respirer si tu veux. Oui…Doucement…Tout doucement…Tu n’es pas obligée évidemment, mais si tu veux, seulement si tu veux, tu peux arrêter de respirer…Je ne serai pas fâché ni déçu, tu sais; tu es fatiguée et tu as « mal à l’âme » comme tu me l’as dit, alors tu peux t’en aller…Mais seulement si tu en as envie bien sûr; personne ici ne t’oblige à rien…à rien. Oh maman, je vais devoir faire un deuil, le deuil de toi c’est sûr, mais je sais très bien, et je comprends tout à fait que toi, tu en as plusieurs des deuils à faire, et que c’est difficile de te laisser aller à t’arracher à cette vie que tu as tant aimée, malgré tout. C’est juré maman, personne ne t’en voudra, personne…personne…tu peux partir…mais seulement si tu veux, seulement si tu veux… »

(Le rythme de sa respiration change, elle reste de plus en plus longtemps au bout de son inspiration, l’expiration devient de moins en moins nécessaire)

« Doucement… tout doucement…oui, tu peux arrêter…oui… »

(La respiration arrête; tous se concentrent, émus et fébriles sur son cou où l’on voit très nettement les battements de son coeur)

« Nous sommes tous avec toi maman…Maintenant, tu peux arrêter ton coeur si tu veux maman, mais seulement si tu veux bien sûr… »( les battements s’espacent de plus en plus)

« On est là, on est tous là, je suis là maman…tu peux arrêter ton coeur si tu veux…Oui…tout doucement…………..Oui…………….C’est ça……………Tout doucement…………………………………………………………………………………….. »

(Le coeur s’arrête de battre)

Ce moment, si difficile, si triste et si mystérieux, est aussi pour moi le moment le plus tendre et le plus doux que j’ai vécu.

Le départ de Jacques

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Papa et moi 1963

57 ans. J’aurai cet âge en 2016. Le 12 Avril 2016 en fait. Mon papa avait cet âge-là quand il n’est jamais revenu d’un rendez-vous galant. D’ailleurs, il ne s’est même jamais rendu chez cette belle amoureuse qui l’ attendait à Longueuil, le 7 Janvier 1989. Sans pneus d’hiver, sans ceinture de sécurité, au volant de sa « Isuzu » turbo que je lui avais recommandée car j’en avais une et je l’adorais, il a perdu le contrôle et a continué sa course tout droit, au lieu de tourner dans la courbe, à la sortie du pont Jacques-Cartier, se dirigeant vers la route 132. A-t-il manqué la sortie « Longueuil » et a-t-il voulu, paniqué et trop tard, faire demi-tour? De toute façon, le Chrysler New-Yorker énorme, vieux, même pour cette époque, ne s’est même pas posé la question; il voulait lui, arriver vite à destination et n’a malheureusement pas vu cette petite voiture au comportement bizarre, lui barrer le chemin sur la voie rapide. Le choc fût violent. La collision se produisit du coté passager avant de la voiture de mon père. Sous l’impact, la « Isuzu » se plia en forme de « v ». La poitrine de papa se fracassa contre le volant de sa voiture, ce qui lui rompît l’aorte. Il survécût quelques minutes seulement, inconscient, à cette blessure fatale.

À 17:30, en ce samedi d’hiver ou il neigeotait, tout était immobile. Même les flocons de neige sur la photographie de la première page du « Dimanche-Matin ». Je restai en face de cette image, béât, hypnotisé, paralysé, ne croyant pas ce qui venait de se produire. Penché, à genoux, à l’intérieur du tas de ferraille, un ambulancier essayait d’agripper une forme grise au volant de ce qui restait d’une voiture. On ne distinguait pas les visages, mais mon cerveau et mon coeur ne pouvaient s’empêcher d’imaginer les traits du héros de mon enfance, tête baissée, yeux ouverts, recroquevillé sur lui-même, mais sourire aux lèvres, comme si le temps s’était arrêté au moment ou il écoutait la voix d’Yves Montand et qu’il chantait avec lui.

Papa et moi 1985