Le chemin

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Nicole et moi.jpegJulius, Nicole Leblanc et moi entre 2 scènes de 4 1/2 vers 1999

En 2017, j’ai perdu dix personnes; des connaissances, des camarades, des amis. Dix. On a beau s’habituer à la perte des être chers, il est normal de se retrouver face à sa propre fin lorsqu’on en perd autant, et ce, si rapidement. Il reste moins de temps en avant qu’en arrière! Plus on vieillit, plus nombreux sont les gens qui nous quittent; c’est dans l’ordre des choses, c’est la loi de la nature.

Aussi,  je réalise que suis chanceux de pouvoir continuer à avancer, alors que d’autres sont partis. Je me dois donc de profiter de tout ce que je vis en ce moment, alors que plusieurs ne le peuvent plus.

Je pense très fort à vous mes amis, tous les jours. Dans mes songes, je partage avec vous tout ce qui s’est passé depuis que vous nous avez quittés.

Victor, Jeannine, Jean, Mireille, Julius, Donald, Benoit, Paul, Nicole… je pense à vous très fort, je vous emmène avec moi, en vous racontant, dans les moindres détails, cette folle aventure qu’est la vie qui continue.

Je veux la partager avec chacun de vous que j’ai aimé… que j’aime pour toujours.

Transmission

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Encore une fois, chère maman, je te parle ici. Je le fais par écrit parce que je crois que si je marmonnais à voix haute, dans des lieux publics, on me prendrait pour un fou.

Je t’écris donc une fois de plus pour te dire ceci:

Je réalise que sans en avoir l’air, tu m’as appris la vie. Simplement, honnêtement, presque malgré toi, tu m’as inculqué des valeurs d’une grande importance. Tu te souviens?

« Tiens TOUJOURS tes promesses »; celle-là, je ne l’ai jamais oubliée. Bon, j’ai déjà perdu un contrat très payant et prestigieux parce que j’avais donné ma parole pour un petit contrat totalement invisible, avec un cachet de crève-la-faim, mais je sais quand même que j’ai pris la bonne décision.

Ah oui celle-là: « Tu t’en souviendras pus l’jour de tes noces! » Même si je me suis marié deux fois, cette phrase m’a aidée à de nombreuses reprises et m’aide encore souvent maintenant, même à 58 ans; elle me sécurise.

Je me souviens aussi de: « Quéssé qu’il dit? J’comprends rien, « y’ phlase!!!! » Oui ou non? C’pas compliqué ça! » Tu avais bien raison: pourquoi compliquer les choses; vive le pouvoir du «gros bon sens »

Et la plus forte: en quittant cette terre, ton dernier message a été celui d’une femme qui a dû se débrouiller toute seule pour élever un fils qui maintenant pense souvent à toi, toi qui lui a transmis le vrai, l’important, l’essentiel: l’amour.

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Jean Gagné

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Jean, c’est l’amour de la vie, le plaisir de partager, d’échanger, de découvrir, de voir, d’apprendre…Sa grande leçon: l’importance de l’amour.

Jean admirait le fait que, derrière toute chose, tout objet, tout instrument de musique, toute œuvre d’art, il y a un être humain qui crée, qui joue, qui invente et qui vit.

Jean, c’est l’enthousiasme.

Merci Jean.

Merci d’avoir été un exemple, un merveilleux grand-papa pour mes enfants. Merci d’avoir été mon ami.

Les nerfs le bedeau

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Il y a quelques jours je suis allé aux funérailles d’un membre de la famille de ma douce. Parmi les invités à l’église, il y avait un couple que je ne connaissais pas, avec un jeune enfant d’environ 5 ans. Après la cérémonie, la salle principale de l’église s’est vidée et les gens se sont dirigés vers le sous-sol pour une réception. Mon amoureuse est restée à discuter avec la maman du petit garçon dont le papa lui, s’était déjà dirigé comme les autres invités, vers la petite rencontre. Je me suis donc retrouvé à deux pas d’un confessionnal, près du petit garçon, de la maman, et de ma conjointe, qui elle, et de là le quiproquo, était cachée aux yeux du bedeau qui arriva juste à ce moment-là. Les deux femmes discutaient.

Il me dévisagea avec une énorme colère contenue et marmonna assez fort pour qu’on l’entende: « Y a pas d’argent pour les lampions… »

Je lui fis la face de l’incompréhension totale.

Ne me laissant pas trop le temps d’intervenir et voyant le regard de la maman sur lui, il explosa, en colère: « Les lampions! Ça coûte cinq piasses ça les lampions! Cinq piasses chaque! Y’en a plein d’allumés!  »

Silence…nous le regardâmes, surpris.

« Y’en a plein d’allumés, pis y’a pas une cenne dans’ a boîte!

Il fit une petite pause, puis, dans un élan du coeur:

« C’tu écoeurant! »

Et finalement, il me regarda et dit:

« Je les ai éteint! »

Puis il m’envoya plein de flammèches avec ses yeux et claqua la porte de la sacristie. Je l’entendis marmonner de manière incompréhensible de l’autre côté de la porte pendant qu’il s’éloignait.

 

Intolérance

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Loin de moi l’idée d’approuver le comportement d’un professeur qui aurait eu des propos aptes à démolir la confiance en eux des jeunes étudiants en théâtre. Le respect est une valeur à laquelle je crois et à laquelle je tiens. Le professeur se doit de respecter ses élèves. Par contre, profiter de la vague d’accusations importantes et essentielles dirigée vers certains abuseurs et certains violeurs, pour se plaindre de la même façon, avec la même véhémence, et ce, sur la place publique, de l’attitude d’un professeur, et ainsi donc, par le fait même, de le mettre dans le même « bateau » que toutes ces personnes, est tout à fait inadmissible. Il aurait tellement été plus à propos, de la part du conservatoire, de le convoquer au bureau de la direction pour lui faire part des plaintes, ainsi que de leur gravité, et de lui demander de changer son attitude pour éviter, au pire, un congédiement. Au lieu de cela, un excellent acteur, un professeur d’expérience, qui a donné une grande partie de sa vie à l’enseignement, est renvoyé, sans autre forme de procès. Je ne nie pas la douleur de certains étudiants, mais je crois que si on avait pris le temps de parler à Gilbert, que si on lui avait donné la chance de réparer ses erreurs, de changer son approche, le problème aurait été résolu. Je crois que nous devenons de plus en plus intolérants et j’ai peur de l’intolérance.

Ma raison d’être

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Mon papa, Jacques Zouvi, français et juif, est arrivé ici à la fin des années quarante, avec sa soeur Lucienne. Leurs parents, Léon et Linda, mes grand-parents donc, turcs et juifs, avaient été enlevés pendant la guerre, et emmenés de Paris aux camps de concentration. Ils sont morts dans les trains qui les emmenaient. Leurs enfants, mon père et ma tante, avaient été recueillis par une voisine en France et ensuite placés, séparément, dans deux orphelinats. Mon père Jacques, 14 ans, faisait des démarches pour que sa soeur et lui se fassent adopter quelque part dans le monde. Son grand rêve était évidemment New-York. Malheureusement, toutes les familles voulaient uniquement la petite fille, Lucienne, toute seule, ou exceptionnellement, le petit garçon, aussi tout seul. Il était très difficile de trouver une famille qui accepterait les deux ensemble. Sauf une mais, à Montréal, au Canada, dans la province de Québec. La famille « Laxer » , famille juive anglophone, dans le quartier Snowdon, a accepté d’adopter mon papa Jacques ainsi que ma tante Lucienne, à la fin des années quarante. C’est la raison pour laquelle je suis ici, avec vous. C’est aussi la raison pour laquelle mon père parlait couramment l’anglais avec un accent français intense, mais un vocabulaire parfait. J’ai eu la grande chance, grâce à Michel-Marc Bouchard, Victor Pilon et Michel Lemieux, de jouer un peu mon grand-père adoptif dans la magnifique oeuvre « cité mémoire » que vous pouvez voir tous les soirs, dans le vieux Montréal. Alors, en ce 14 juillet, vive la France et vive la mémoire de mon père, Jacques.

Apprentissages

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En vieillissant, on apprend. On s’instruit, on accumule les moments de plaisir, de tristesse et de bonheur. On apprend à vivre avec nos insatisfactions, nos espérances, nos deuils; deuils des rêves qui sont restés des rêves, deuils des projets avortés, deuils des gens qu’on aime, qui meurent… Le plus difficile je crois, est de perdre des amitiés, bien en vie; anciennes amours, relations lointaines, déménagements, temps qui passe… De toutes les surprises que la vie nous réserve, celle qui est la plus bouleversante il me semble, est la perte d’une relation importante, de quelque nature qu’elle soit. Quelqu’un qui, sans partir, sans mourir, sans déménager à l’autre bout de la planète, uniquement par choix, nous élimine totalement de sa vie. C’est un chagrin d’amitié, même d’amour, d’une tristesse immense, décuplée par le sentiment d’avoir été trahi tout ce temps; on se dit: « Ça a donc été une perte de temps… Si j’avais su… Tout ce temps? Ah le temps. On dit qu’il arrange les choses. On pourrait peut-être l’aider un peu non? Been there, done that. J’en ai marre d’essayer, seul. De courir après l’harmonie. »  Oui, tous ces sentiments, ces aller-retours émotifs, qui satisfont certainement ces gens, nous font douter totalement de leurs sentiments antérieurs. Voilà mon apprentissage: je n’ai plus de temps à perdre avec eux car la vie, elle, devant, continue ».